En revue (T le magazine du Temps) : Faire peau neuve-  D’icône provocante à atout style, toutes les subtilités du leopard

© @jilsander

Le retour de la panthère jaune et noir

Pendant de nombreuses années, il fut jugé vulgaire et chargé de clichés sexistes, voire racistes. Les temps changent.
Le motif léopard s’est normalisé et désexualisé pour devenir un imprimé convenable et inoffensif

Qu’ont en commun Pamela Anderson, Jennifer Lawrence, Dua Lipa, Harry Styles et Bad Bunny? Tous ont récemment été vus portant des imprimés léopard. De Paris à New York, en passant par Copenhague, dans la rue comme dans les défilés, le motif félin s’affiche partout. Manteaux chez Khaite ou Jacquemus, accessoires chez Ganni, apparition inattendue sur des silhouettes signées Chanel ou Jil Sander: l’impression tachetée a envahi les collections des créateurs comme les dressings. Elle se promène tranquillement sur des tote bags, des mocassins et même des cirés d’enfant… Elle fait le grand écart du luxe à la (fast) fast-fashion. Longtemps jugé vulgaire, trop sexy ou trop voyant, trop… tout, il s’est imposé comme l’un des imprimés les plus portés du moment. «On ne peut pas l’ignorer, qu’on l’aime ou qu’on le déteste», indique à juste titre l’autrice Jo Weldon dans son ouvrage Fierce: The History of Leopard Print.

© @chanelofficiel

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«Il est presque devenu un nouveau noir: un motif neutre, polysémique, qui vient teinter une silhouette», observe Morgane Pouillot, planneuse stratégique chez Leherpeur Paris. Un terrain de jeu, en somme. «Il a tellement traversé les classes et les imaginaires qu’il est devenu extrêmement polysémique. Ce n’est plus forcément un geste de transgression: c’est un exercice de style», poursuit cette dernière. Aujourd’hui, des maisons de luxe l’utilisent comme code d’expression stylistique. Ainsi, Matthieu Blazy pour Chanel a récemment dévoilé des tailleurs tachetés et des maxi-jupes ornées de motifs peau de bête, déclinés dans des tonalités beiges ou bleutées.

© @ganni

Chez Jil Sander, Simone Bellotti a, au cœur d’une collection à la rigueur minimaliste, introduit une jupe «léopardisée», comme un écart maîtrisé venant troubler l’épure du vestiaire. «Dans les deux cas, l’imprimé ne cherche plus à provoquer ou à signifier un message de manière frontale, mais s’impose comme un outil de variation et de contraste, capable de créer du renouvellement. Chez Chanel, où le léopard ne constitue pas un code patrimonial, son introduction agit comme un geste de modernisation de la maison: intégré à des silhouettes classiques, il produit un twist audacieux qui dynamise l’héritage», décrypte Morgane Pouillot.

© @maisonvalentino

Au-delà de l’esthétique, le retour du léopard peut aussi être lu comme un signe de l’époque, un outil d’empowerment. «Avant d’être un imprimé, c’est la peau d’un prédateur. Aujourd’hui, il fonctionne presque comme une armure contemporaine, remarque Morgane Pouillot. Dans un contexte marqué par l’incertitude et les tensions sociales, porter un motif fort peut être une manière d’affirmer sa présence, de marquer son ter- ritoire mais aussi de se protéger en envoyant un message: «Je ne suis pas une proie.» Une revanche finalement pour ce motif qui a longtemps été associé à une image défavorable de la féminité.

Par Sophie Abriat pour T le magazine du Temps

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