L’Œil Art Paris : Mutations et Mémoires

Art Paris 2026, Lara Bloy
© @larabloy


Et si l’art ne servait plus à réparer le monde, mais à sculpter ses métamorphoses ?

Si l’édition 2026 d’Art Paris s’est officiellement articulée autour des concepts de « Babel » et de « La Réparation », l’Oeil LeherpeurParis s’est concentré sur des courants plus souterrains comme l’obsession du corps post-numérique et la recomposition de la mémoire par l’objet. Les artistes ne réparent plus seulement le monde : ils le réinventent à travers le prisme du numérique, des ondes et de l’archive intime.

De l’Archéologie à la Mémoire

Nous sortons d’une ère de consommation pure pour entrer dans celle de la responsabilité matérielle. Ici, l’objet n’est plus un rébut, mais une archive. En utilisant des objets collectés ou des céramiques évoquant l’effondrement, des artistes comme Javier Carro Temboury ou Duy Mạnh Nguyễn transforment le résidu en récit. Ils soulignent une quête de radicalité et de vérité. Une nouvelle « esthétique de la trace », où rien ne se perd, tout devient mémoire.

Le Corps à l’épreuve du Numérique

Chez Lara Bloy ou Marc Ming Chan, la peau devient une surface sensible chez l’une et cyborg chez l’autre, oscillant entre le sublime classique et l’artifice technologique. La peinture intègre les codes visuels du digital (flash, saturation,…) pour traiter le sujet le plus classique : le corps humain. Un nouvel humanisme « augmenté », où l’émotion ne naît plus de la perfection, mais du flottement entre le réel et le virtuel.

De l’Art au système Vivant

La création ne se pense plus en silos, mais en réseaux. L’art devient une entité vivante qui mute et résonne. À travers le travail de Fabrice Hyber ou les expériences acoustiques d’Oliver Beer, l’œuvre dépasse son cadre physique. Elle devient un système de pensée, une fréquence, un échange de données et d’énergies.

L’Intime comme Résistance

Face à l’accélération du monde, une forme de peinture « lente », introspective et presque silencieuse, s’impose comme un acte de résistance. Juliette Lemontey et Clara Adolphs capturent l’abandon, le retrait et le quotidien banal avec une économie de moyens qui confine à l’essentiel. C’est le retour du « Journal Intime » comme valeur refuge. Dans une société de l’hyper-exposition, le luxe de demain résidera dans ces moments de retrait, de vide et de dialogue soul-to-soul.

Qu’il s’agisse de réparer nos liens ou d’inventer nos mutations, l’artiste devient le médiateur indispensable d’un monde qui cherche son nouveau langage.