L’œil du Runway : Fashion Week Homme SS27
Les nouveaux archétypes d’une masculinité désinvolte
Les collections masculines Printemps-Été 2027 agissent comme les révélateurs d’un changement de paradigme sociologique. Les frontières du vestiaire masculin traditionnel continuent de se fragmenter, laissant place à une silhouette hybride où la quête de liberté corporelle et la réévaluation du sensible gagnent sur les codes de la rigueur statutaire. Analyse prospective des dynamiques majeures de la saison.
Le Tailoring « À la Diable » : Dé-formalisation et esthétique de l’Afterwork
Le costume subit une cure de désacralisation. Il ne s’agit plus d’affirmer un pouvoir social par le costume, mais d’explorer une nonchalance maîtrisée, une élégance en mouvement. On observe une volonté de détendre le cadre formel à travers un preppy chic volontairement négligé, presque « en vrac ».

Les propositions de Sacai, Paul Smith et Celine construisent une silhouette respirante, où le jeu du layering offre une liberté de mouvement. Ce tailoring « à la diable » évoque l’esprit d’un afterwork à l’anglaise, où la rigueur du jour s’efface au profit d’une allure déconstruite, fluide et nonchalante.
À fleur de peau: Sensualité et Érotisme Subversif
La physicalité masculine s’émancipe des tabous de la pudeur classique. L’été 2027 consacre une sensualité assumée, où le dévoilement du corps devient un manifeste d’insouciance.
Une impertinence sexy traverse les collections de Saint Laurent, Prada et Jacquemus. Le vêtement se fait plus court, plus aérien, laissant le nombril et le torse à l’air libre. Cet effet « hot » ne cherche pas la provocation brute, mais traduit plutôt une nonchalance hédoniste, une réappropriation du corps par le prisme de la vulnérabilité et de la séduction.

En réponse à l’oppression urbaine, le vestiaire masculin cherche une porosité nouvelle avec les éléments naturels, qu’il s’agisse de l’écosystème terrestre ou de l’imaginaire balnéaire. Cette dynamique se manifeste sous deux angles :
Camouflage Poétique

Dries Van Noten, Paul Smith et Taakk s’inspirent directement du monde végétal. Le vêtement cherche à faire corps avec l’organique à travers des textures et des motifs qui évoquent un camouflage poétique et sensible.
Urban Beach
L’esthétique « Urban Beach » insuffle l’esprit de la plage en plein cœur de la métropole. Chez Auralee, Lemaire et System, le vestiaire devient ultra-décontracté. L’accent est mis sur la mise à nu du pied grâce à des derbies transparentes ou des tongs, venant subvertir et détendre les tenues tailoring traditionnelles en révélant ce qui est habituellement dissimulé.
La saison oscille entre une opulence solaire matérialiste et un idéalisme bohème hérité des contre-cultures. Deux figures masculines majeures se dessinent en contrepoint.
Des “Garçons en Or”

Dior, Saint Laurent et Amiri célèbrent « les garçons qui comptent » via une palette chromatique précieuse, glissant doucement de la douceur du beurre à l’éclat du gold (or). Une manière de réenchanter le vestiaire de soirée par une richesse chromatique texturée.
Éternel Ado
La figure de l’Éternel Ado persiste chez Dior, Celine et Hed Mayner. Cette silhouette navigue à la frontière du rock et du bohème, convoquant des influences New Age. Ce romantisme nostalgique trouve son apogée capillaire et stylistique dans la boucle rock inspirée des Doors, repérée notamment chez Prada, Sacai et Kenzo.

La Ceinture-Décor
La ceinture n’a plus une fonction utilitaire de maintien, mais devient un marqueur graphique essentiel qui structure la fluidité des volumes. Dans ce vestiaire amplement décontracté, la taille devient le lieu de l’expression stylistique. Celine, Kenzo et Dries Van Noten investissent l’accessoire-ceinture sous des formes hybrides : inspirations Obi japonisantes, foulards noués ou ceintures vivement colorées. Elle agit comme une ponctuation visuelle, venant souligner l’architecture d’une silhouette.

La saison SS27 Menswear consacre un homme qui refuse de choisir entre la poésie de la nature, l’affirmation de sa sensualité et le confort du quotidien. En brisant les codes rigides du costume et en dévoilant le corps (du torse jusqu’aux pieds), les maisons dessinent les contours d’une masculinité plurielle, résolument déguindée et connectée à son époque.
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