En revue (Beaux Arts) : Retour au réel – Quand la mode de 2026 se construit par l’intrusion calculée du réel

OÙ VA LA MODE EN 2026 ?
Écartelée entre les désordres de la fast fashion et son goût réveillé pour l’artisanat, la mode cherche du lien, du sens et des valeurs… Panorama des nouvelles aspirations d’une industrie créative qui se réinvente plus que jamais, traversée par les tremblements du monde.
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L’INTRUSION CALCULÉ DU RÉEL
PAR LA FONCTION
2026, année du cheval, coïncide aussi avec la dernière collection que signe Véronique Nichanian, directrice artistique du prêt-à-porter masculin d’Hermès depuis 1988, avant de quitter son poste. Mais nulle nostalgie dans ce défilé automne-hiver 2026-2027 présenté en janvier, qui porte haut cet équilibre entre le beau et la fonction et fait de chaque vêtement Hermès un ami, un lieu mobile à vivre, à la fois confortable et tenu par une somme de lignes, de matières, d’attentions invisibles. Sans cri, sans logo, les formes archétypales mais twistées par un «détail égoïste» portent en elles la quintessence du style Hermès, sa capacité à susciter le désir sans le dater, pour la vie donc. Le luxe à l’état pur. Chacune des silhouettes est un modèle juste, alliant audace et transmission. «Je reste dans la mai-son, dit celle qui interviendra désormais sur les métiers des sacs masculins et de la soie. L’avenir, je le vois dans l’artisanat. Et la vraie valeur, c’est l’émotion, c’est mon moteur.»

PAR LA TROISIÈME MAIN
Alternative à l’intelligence artificielle, la «troisième main» (création réalisée à partir de pièces de seconde main) célèbre avant tout la gravité au sens premier. D’où la multiplication des arceaux de parapluie, fermetures à glissière ou même livres lestant les silhouettes signées par Ellen Hodakova Larsson – lauréate du prix LVMH 2024 -, qui renouvelle avec brio l’art du ready-made
mode durable. La créatrice suédoise parle d’un «assemblage d’archéologies» où «méthodes et souvenirs matérialistes ont été assemblés pour devenir un plaidoyer en faveur d’une réalité négligée. […] La robe se lit lorsqu’elle marche. Elle écrit en avançant. L’histoire d’une petite vie est racontée à travers le lin, les oreillers, les draps; malaxer, plier, presser les fleurs et tressaillir. Dormir après une journée de labeur.» Cette intrusion calculée du réel serait-elle une forme de nouveau dandysme face au lissage des apparences?

PAR LE LIEN
Dans une recherche de lien, l’artisanat impose d’autres codes que ceux de la perfection obligatoire. «Les communautés se recentrent autour d’une micro- expertise incarnée par des passionnés pointus. Leur crédibilité repose sur la recherche, la connaissance et le partage d’expériences», précise le bureau Leherpeur Paris, spécialisé dans la stratégie de marque. On a ainsi vu éclore des lieux intimistes offrant une parenthèse littéraire, qui sont devenus de véritables hubs de la culture mode, comme la librairie 7L créée par Karl Lagerfeld ou la Fondation Azzedine Alaïa. Cette dernière édite désormais des carnets de collection et propose sous la houlette du penseur Emanuele Coccia des rencontres organisées dans l’ancien atelier de l’artiste Christoph Von Weyhe, cofondateur de la griffe et compagnon d’Alaïa décédé en 2025.

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Par Laurence Benaim pour le Beaux Arts Magazine
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