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«Le marché du luxe est devenu inatteignable au commun des mortels»: pourquoi ce pull zippé rouge Uniqlo est en rupture de stock
Ce cardigan vermillon à zip vendu par le géant japonais depuis le 12 février est déjà introuvable dans toute la France. Chronique d’un best-seller qui coche toutes les cases.
Inutile de vous précipiter dans le magasin Uniqlo le plus proche de chez vous. Commercialisé le 12 février, ce cardigan zippé en maille côtelée rouge de la ligne Uniqlo:C (comme Clare Waight Keller, la Britannique qui en est la directrice artistique) est déjà en rupture de stock. À l’heure où nous écrivons ces lignes, plus un exemplaire ne reste en rayon. Comment expliquer le succès fulgurant de ce basique vendu 49,90€ ? Par un alignement des planètes dont rêvent toutes les marques…
D’abord, il y a son prix. Petit, comme attendu chez Uniqlo qui s’est fait une spécialité de proposer des collections femme, homme et enfant au rapport qualité prix inégalé. Ensuite, il y a la star qui a attiré les likes et les commentaires sur les réseaux sociaux, en portant le futur best-seller. Ici, Cate Blanchett, égérie Uniqlo depuis la rentrée, qui, le 30 janvier dernier, est apparue à la conférence de presse du Festival international du film de Rotterdam, particulièrement à l’aise et décontractée, vêtue de ladite veste, d’un jean blanc et d’une paire de baskets.

Enfin, sa couleur. Bien que disponible dans trois autres coloris (beige, marron et bleu marine), seule ce rouge franc, pourtant à première vue moins «facile à porter», est désormais introuvable. Il faut dire que ce vermillon ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’affectionne Michael Rider, le directeur artistique de Celine nommé en 2024.
En seulement deux saisons (printemps 2026 et été 2026), il a fait, de ce rouge lumineux bien spécifique, l’étendard d’un certain chic, dynamique, intemporel et de bon goût. L’Américain qui était précédemment chez Ralph Lauren sait mieux que quiconque utiliser la couleur (carmin mais aussi bleu cobalt et vert gazon) comme petit truc pour réveiller l’allure de la Parisienne. Et c’est précisément ce que veulent toutes les filles mordues de mode cette saison… Seulement le hic est que, chez Celine, la moindre maille carmin dépasse le millier d’euros.

La culture des “dupes”

Ce décalage entre les aspirations d’une jeune génération et son pouvoir d’achat explique pour beaucoup la culture des dupes actuelle. Pour suivre la mode des podiums, ils sont nombreux à s’acheter des répliques d’articles de luxe ou des pièces qui en sont fortement inspirées, et à partager leurs bons plans avec leur communauté sur TikTok et YouTube. Le concept n’est certes pas nouveau, c’est même là-dessus que les suédois d’H&M et les espagnols de Zara ont construit leur empire. On se souvient vers 2010 des riches New-Yorkaises qui, par pragmatisme ou snobisme, couraient chez Zara acheter des copies des collections de Riccardo Tisci pour Givenchy (qu’elles avaient renommé Zivenchy)…bande originale du film « Hurlevent», qu’elle livrera sous forme d’album, comme elle l’explique sur l’application Substack : «Je veux plonger dans un univers résolument brut, sauvage, sexuel, gothique et torturé. Un monde à l’opposé de la vie que je mène.»
«Ces dernières années, le marché du luxe est devenu inatteignable au commun des mortels alors que dans le même temps, les marques de fast fashion ont réussi à redorer leur blason auprès du grand public, à force de collections bien pensées et de collaborations avec de grands noms de la mode, analyse Corinne Denis, directrice de création au sein du bureau de tendances Leherpeur Paris. Une marque comme Uniqlo qui propose des vêtements de qualité et intemporels n’est plus considérée comme de la fast fashion par la plupart des clients, surtout en comparaison avec des Shein et Temu.»
Pour l’experte, «Ce cardigan en particulier concentre plusieurs éléments qui plaisent aujourd’hui. Sa forme zippée façon veste de survêtement permet les superpositions, s’enfile sous une veste ou un manteau pour décaler une tenue un peu classique. Quant au rouge, il permet de singulariser son allure, de sortir de la seule tendance pour créer son propre style.»
Par Valérie Guédon pour Le Figaro
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