Le renouveau du Modern-Craft, une ode au fait-main et à l’authenticité

9 juillet 2020

S’imposant de plus en plus comme de nouvelles prérogatives pour certains consommateurs, la quête du durable et du vrai semble redonner corps à la tendance modern-craft et, avec elle, toutes ses valeurs plus qu’en phase avec l’époque que nous traversons.

Le ralentissement du quotidien imposé lors des semaines de confinement et le retour à une nouvelle normalité ont conduit certains à réfléchir davantage sur leur consommation en privilégiant le moins mais mieux, le retour aux choses simples.

L’essence.

Dans une interview accordée au magazine Marie-Claire, Bénédicte Fabien, notre directrice de la prospective, décrypte ce nouveau rapport au monde et cette quête de sens. « Ce qui se joue à travers le textile et nos envies vestimentaires ne fait que traduire nos interrogations profondes. Les gens ressentent le besoin de renouer avec la nature. Ils ont des envies d’installations à la campagne. Ils sont concernés par les questions environnementales. Ils aspirent à ralentir, à être dans un autre rapport à la consommation. Ils veulent sortir d’une position de dominant, vis-à-vis de la faune et la flore, pour affirmer une sorte de symbiose. Du coup, ce qui fait rêver aujourd’hui, ce n’est plus l’ostentation ou la profusion mais l’authentique, le naturel, l’artisanal ».

Cet engouement pour le fait-main surgit généralement après des périodes de mutations intenses. C’est, en effet, en plein essor industriel dans les années 1870 que le mouvement Art&Craft est initié. L’artisanat d’art remet alors la personne au centre de la création qui trouvera du plaisir et de la satisfaction dans la confection manuelle. Dernièrement, les artistes et créateurs sont retournés à la matière. Ils ont touché, ressenti, façonné des matériaux organiques pour délivrer un résultat brut. Qu’importe les petits défauts, les lignes irrégulières, l’aspect rugueux, ces parfaites imperfections sont les témoins du geste et de l’unicité du produit.

« Le travail à la main a toujours du grain, mais il est aussi porteur de sens, d’histoire et d’une dimension artistique » explique Bénédicte Fabien.

@Jacquemus, l’année 97

Porteur d’histoire pour Simon Porte Jacquemus qui, après un défilé coloré dans un champ de lavande à Valensole, a livré en février dernier une collection épurée dans un décor minimal. Une collection qui est la réminiscence d’une jupe créée à partir d’un rideau en lin pour sa mère lorsqu’il avait 7 ans. Sur le podium, une profusion de tons neutres et un anti artifice revendiqué pour tendre vers la sobriété.

@emma.bruschi

L’histoire d’une région et de l’imagerie populaire du célèbre almanach savoyard pour Emma  Bruschi. “Dans chaque village on savait travailler le bois, la paille et l’osier, dans chaque maison on savait broder, filer, tricoter, carder, travailler le fer ou la paille. Un savoir-faire domestique transmis de génération en génération, avec l’amour du bel ouvrage. La collection Almanach m’a permis de renouer avec ceux qui connaissent encore ces gestes, pour façonner ensemble les accessoires en osier, les bijoux de paille, les broderies de verre, parallèlement à de nouveaux processus artisanaux de fermentation bactériologiques, pour développer un cuir naturel, dans la grange de la ferme.” raconte la créatrice et candidate en lice au festival de Hyères de cette année. 

L’art de la table fait, également, la part belle au style Modern craft. Les client.e.s sont friands à l’idée d’avoir des pièces originales. « Il s’agit de sortir de la consommation standardisée et répétitive pour aller vers quelque chose d’unique, d’imparfait et d’authentique » témoigne Bénédicte Fabien. La céramique est aujourd’hui très prisée et de nombreux artisans d’art proposent des objets fabriqués à partir de terres cuites ou de papier mâché. 

Cette ferveur pour le Modern craft s’explique par une envie de retour aux sources et ce besoin d’instinct et de sérénité qui nous animent aujourd’hui. 

Composition automnale avec Anne Krieg, Pia Chevalier et Matagalan Plantae.
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