La Chine, précurseur en quarantaine

25 mars 2020
Jeff Lee for 7th anniversary of ADmagazine

Si la tempête Covid-19 se répand, actuellement, sur le reste du monde, la Chine, première victime du virus, esquisse doucement l’étape d’après. En confinement forcé par la crise sanitaire depuis des semaines, des voix chinoises se sont élevées pour raconter les effets collatéraux de la quarantaine, informant ainsi tous ceux que cela concerne, dorénavant.

Si le ciel de Pékin est redevenu bleu, les esprits confinés ont eu le temps de faire le tri, de se recentrer sur soi, de développer de nouvelles compétences et réinventer le lien social. Être ensemble mais chacun chez soi. Une épreuve complexe qui pousse à l’innovation. 

A l’échelle personnelle, les Chinois ont capitalisé sur les réseaux sociaux et les outils numériques pour préserver le lien et la vie sociale. Tiktok s’est imposée comme la plateforme de prédilection pour une vie en quarantaine. La plateforme, au-delà de pouvoir héberger les quarantine diaries de millions d’abonnés, joue le rôle de coach sportif via des jeux de fitness en ligne voire même de boîte de nuit virtuelle, grâce au nightclub de Pékin, One Third, qui, par ailleurs, a pu gagner 332.36 millions de Yuans via cette même plateforme. Une manière de cristalliser ce que l’équipe Xiao Qiao MLC a appelé la “Everything could be cloud era” que nous vous détaillerons plus prochainement.

i-D magazine UK

Parallèlement à cela, un article du magazine i-D dresse, au filtre de la jeunesse créative chinoise, la liste des conséquences bénéfiques, solidaires et personnelles de l’auto-confinement. Pour certains, l’expérience de la quarantaine, dans une ville au rythme normalement effréné, a permis de prendre conscience de ce que signifiait, réellement, ralentir, vivre au présent et les bénéfices que cela pouvait avoir sur le développement de créativité ou de la santé mentale. 

En Chine, contrairement, à la majorité des pays européens, le confinement a été l’issue de prise de décisions individuelles, ils n’ont jamais été confinés sur ordre du gouvernement. Ce confinement spontané instigué par les populations a permis à Chengxi Tian, consultante créative à Shanghai, de ressentir les atouts d’une culture centrée sur le collectif. « Bien que nous ne soyons pas obligés de nous mettre en quarantaine à Shanghai, tout le monde fait de petits sacrifices pour aider à mettre fin aussi rapidement que possible à cette période difficile. » Pour d’autres, ce contexte et la quarantaine a été une façon de comprendre la véritable signification du mot chinois « chérir (珍惜 zhēnxī) : chérir la vie en tant que présent et dans le temps présent ». 

Plus négativement, Marianne Daquet, professeur d’arts plastiques à Pékin, confinée depuis des semaines maintenant, narre sur Facebook le délitement du temps, l’obstruction du futur, la rigueur du sino-confinement et la méfiance du peuple chinois face au gouvernement. Elle explique que si les cas stagnent et qu’ils peuvent à nouveau sortir, le climat demeure pesant. Le manque d’informations et la défiance des résidents chinois vis à vis de la transparence gouvernementale n’aide pas à un retour à la vie normale.  « Oui, nous pouvons sortir, le printemps arrive, (…) dans les rues, les promeneurs commencent à ressortir, le masque sur le visage, certains achètent des bières pour les boire au soleil, d’autres papotent avec les gardes en combinaisons blanches armés de leur seul thermomètre. C’est lundi, personne ne travaille vraiment, les gens sortent mais restent dans leur périmètre (…) Le lycée français ne donne presque plus signe de vie, les signes d’un retour à la vie normale se font de plus en plus rares, on est installés sur notre radeau et on attend depuis deux mois déjà. Et toujours pas de terre en vue. » Une vision sombre de l’épisode post-Corona qui devrait nous inciter à tirer rapidement des leçons pour anticiper au mieux l’après crise. 

En Chine, comme en France, où ailleurs, à l’heure du confinement, les corps oscillent entre deux états : travailler activement sur des projets ou se laisser prendre au jeu de l’oisiveté. Ce temps imposé que nous avons souvent cherché à trouver doit nous aider à nous régénérer, à nous repenser et à esquisser à notre échelle et à l’échelle du monde un futur alternatif. 

https://i-d.vice.com/fr/article/m7qxa3/coronavirus-comment-soccupe-la-jeunesse-chinoise-en-quarantaine

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