Le Monde x LeherpeurParis : “Ça c’est Paris”, où en sont la mode et le luxe parisiens ?

14 janvier 2021
Amélie Tondu pour @Soeur

Retour en 2020. 

Le 3 décembre, précisément.

Pour notre troisième édition des Rencontres Luxe organisée en collaboration avec le Monde et M Publicité, nous avons interrogé le coefficient de séduction et d’attraction de la capitale dans le système actuel de la mode. Covid oblige, ce fût une rencontre inédite, en cercle restreint* mais en diffusion étendue au moyen des outils digitaux, largement expérimentés lors des confinements.

À l’heure où le monde et la mode changent, que Kenzo supprime Paris de son nom, qu’Yves Saint Laurent quitte le calendrier officiel de la fashion week, que Léna Situations, icône de la Génération Z remplace Loïc Prigent et que les marques désertent Paris, où en est la relation fusionnelle entre Paris et la mode ? Est-ce fini ?

Si la question se pose, une chose est sûre, la mode parisienne n’a de cesse de s’exprimer au regard de sa ville. 

Les marques de luxe ont fait de la culture et du patrimoine leur terrain de jeu, n’hésitant pas à les soutenir, elles en sont, aujourd’hui, un fragment indissociable. La maison Chanel l’a bien compris. Par ses shows, conviant aussi bien la Tour Eiffel que les avenues Haussmanniennes, celle-ci martèle son parisianisme et diffuse l’imagerie parisienne à travers le globe. Véritable source d’inspiration, Paris et ses créatifs alimentent la production prolifique de contenus de marques. En véritables distributeurs de snack culture, les marques de luxe supplantent les institutions culturelles françaises et s’imposent comme de nouveaux « ministères de la culture », conservateurs et diffuseurs du patrimoine. Pour tous.

Cultivée, la mode parisienne s’engage et démontre avec humilité qu’elle est aussi un savoir-faire labellisé ‘made in’ avec des gens qui portent en eux l’amour du travail bien fait. Quand Koché organise des défilés-manifeste au parc des Buttes-Chaumont, entremêlant nature, émotion, genre et résistance, Charlotte Dereux, fondatrice de la marque Patine, dialogue avec ses clientes de manière transparente via les étiquettes de ses vêtements. Chez Patou, désormais, dirigée par Guillaume Henry, la maison donne à voir aux passants de la rue, les ateliers de production révélant ainsi la minutie et la rigueur que demande la production d’un vêtement. 

Alors oui, pour cela déjà, Paris continue de faire rêver. Elle donne même l’impression d’avoir meilleur goût après quelques années. Avec ses clichés réinventés, réinterprétés, rejoués, Paris se déguste réchauffé. Du ringard kitch assumé de la créatrice d’Amélie Pichard au succès de la série, Emily in Paris, en passant par la BOPO©*, cette bourgeoise populaire* à l’image de Jeanne Damas qui aime jouer les clichés rassurants, la capitale française s’amuse de cette carte postale caricaturée.

Mais pour certains la carte postale a jauni et ils préfèrent en envoyer d’ailleurs. Alors Paris serait-elle devenue ringarde ?

Jacquemus SS21

Crise sanitaire, loyers faramineux, besoin de nature et de reconnexion, les Parisiens ont fui la capitale, redonnant à la province ses lettres de noblesse. Les villes du sud ont la côte, Bordeaux prétend au titre de 21ème arrondissement de Paris, Marseille et la Provence révélées par Jacquemus ont le vent en poupe. Paris est déserté pour la France et s’éclate dans le monde, à l’image des marques de luxe comme Dior qui voit l’Asie comme un nouvel Eldorado. Pour la génération Z, c’est un ‘Paris blasé’ entre fail et admiration qui se dessine, la ville/ musée n’est plus synonyme de réussite et de saint Graal. De Paris intra-muros au Grand Paris, cette génération drainée par le collectif et la volonté de faire davantage rayonner les diversités attend que Paris regarde plus loin que le bout de son périph’ pour porter l’écologie et le progrès social.  

Du Paris de tous les possibles au Grand Paris, au Paris, ville du monde, en passant par le Paris militant, le Paris cliché ou le Paris écolo-Bopo©, Paris n’est qu’un écrin, tapissé de clichés, de mythes, de culture, d’art et d’histoire, qui trouve sa superbe dans les individualités qui le font, le dépeignent et le réinventent. Plus que jamais, Paris et la mode doivent repenser leur dialogue, leur jeu de séduction, leur mise en sens, parce que la monde et le mode changent. Les expressions se diversifient et s’ouvrent, désormais, à d’autres champs. 

*Nous avons convié à cette occasion Charlotte Dereux, fondatrice de Patine Paris, Guillaume Henry, directeur artistique de la maison Patou, André Mazal, directeur du planning stratégique chez BETC luxe, Benjamin Simmenauer, professeur à l’Institut Français de la Mode, ainsi que Jill Fleury et Ekaterina Wolski, toutes deux étudiantes à l’IFM, pour une table ronde autour du sujet pour une table ronde autour du sujet.

Retour