Cloud Génération ou Gen Z : Le temps d’un entretien avec Blazé magazine

27 juillet 2021
L’équipe de Blazé Magazine 2021

Pour comprendre la Cloud Generation et construire la prise de parole qui en a découlé, nous nous sommes associés aux étudiants de l’université de la mode Lyon 2, en charge de la rédaction du magazine Blazé cette année. 

Blazé, au-delà d’être un magazine, c’est un projet professionnel à travers lequel chaque année des nouveaux étudiants de Master 1 expriment leurs compétences. Sous l’égide du collectif, ils y brodent à leur guise toute la direction artistique, du ton aux expressions photographiques. Ainsi avec leurs mots, ils nous racontent le regard qu’ils portent sur leur génération. Une génération qu’ils caractérisent d’engagée, de ‘woke’ (eveillée), d’adaptative, de romantique, d’audacieuse, d’inépuisable et, paradoxalement au titre de la revue, complétement « Dé-blazé ». Par ailleurs, l’appellation « Blazé », est plutôt un clin d’œil au mot anglais « The Blaze » (la flamme), honorant davantage la vigueur de cette génération, qu’à l’adjectif péjoratif français.

Choix libre dans le thème, cette année Astrid, Pauline, Gaëtan, Margaux, Prune, Claire, Emilie et Rebeka ont choisi de s’atteler à la notion de sensorialité (auditive, visuelle, olfactive, tactile, et gustative). Le temps d’un entretien, nous avons tenu à approfondir avec eux ces questions de sens, d’émotion, mais aussi de virtualité, qui représentent aujourd’hui des enjeux majeurs et stratégiques.  

La thématique des sens à l’heure des confinements et du digital

Le magazine exploite ainsi le thème des sens qui, dans un contexte d’épidémie mondiale, prend une dimension nouvelle. Il témoigne de la volonté, voire du besoin, de se reconnecter avec nos sens au travers de stimuli divers (voyages, restaurants, événements culturels, etc.) : « Ressentir, c’est mettre nos sens en éveil ». Ce thème relève l’importance, aujourd’hui, d’être à l’écoute, à la fois des autres, mais aussi et surtout de soi, afin de comprendre qui l’on est et ce que l’on veut vraiment : « Nous ne nous contentons pas seulement d’être ce qui est connu et commun ». C’est naturellement que les réseaux sociaux, notamment Instagram et Tik Tok, participent activement à ce phénomène, en leur offrant un espace d’expression public, pluriel et sans limite. La génération Z cultive ainsi son ouverture d’esprit et un rapport aux émotions plus décomplexé grâce à la diffusion de contenus sensibilisant à la différence et prônant la diversité sous toutes ses formes. 

 Gen Z vs Marques : quels rapports ? Quelles attentes ? 

Ce regard, frais et sensible sur le monde, entraîne un rapport aux marques plus exigeant et cortiqué. Le collectif Blazé le confirme. De par son hyper-connectivité, la génération Z s’intéresse aux fondements et aux valeurs des marques, ne manquant pas l’occasion de réagir, voire de boycotter, au premier manquement. Pour une marque aujourd’hui, la clé stratégique pour toucher cette génération n’est autre qu’un storytelling authentique, et si possible original. D’après le collectif Blazé, il est d’ailleurs plus facile de s’identifier à une personne qu’à une enseigne, cette dernière représentant davantage du marketing qu’une réelle démarche créative empreinte d’une personnalité forte. Les marques de mode doivent alors aller au-delà de la mode, en construisant autour d’elles un univers innovant et inspirationnel. 

Quel futur pour la mode virtuelle ?

Le magazine Blazé questionne également la virtualité comme futur indispensable, notion qui se répercute dans son rapport au vêtement. Nous avons alors profité de l’entretien pour creuser leur vision de la mode digitale qui bouleverse et questionne les codes de l’industrie de l’habillement. En termes d’émotions et de sensations, la mode digitale n’équivaut pas les vêtements physiques. Selon le collectif, la mode est « touchable ». Il y a un réel besoin de toucher le tissu, de sentir les matières. La mode digitale reste à leurs yeux, assez abstraite et loin de leur univers, malgré son caractère novateur et personnalisé qu’apprécie la jeune génération. Par ailleurs, il pose la problématique de l’impact environnemental de ce domaine en pleine expansion : « A ce stade, la mode digitale reste moins polluante. Mais si elle était à l’échelle de la mode réelle, elle le serait sûrement beaucoup plus ».  

Le digital, ou l’illusion d’une safe place ?

Blazé questionne la virtualité et le digital sous un angle plus global, notamment le paradoxe d’une uniformisation de nos identités face au phénomène du body positivisme, des nouvelles beautés, etc. En effet, les réseaux sociaux contribueraient à une sorte d’uniformisation des apparences et des silhouettes via l’utilisation massive, voire excessive, des filtres, mais également de la domination de tendances fortes qui tendent à étouffer les différences. De même, le collectif Blazé s’interroge sur nos avatars digitaux, particulièrement au sein des jeux vidéo, qui font l’objet de beaucoup de projections, et entraîneraient une déconnexion avec la réalité dû à une trop forte idéalisation de notre personne. Qu’en est-il alors de l’espace safe, loin des injonctions de la société, que représenterait le digital ? D’après le collectif, le digital fait l’objet de différents sons de cloche. D’une part, les réseaux sociaux permettraient à de nombreux individus de s’épanouir et de s’y exprimer librement : « Pour certaines personnes transgenres, le digital est un moyen d’exprimer leur transidentité. Ils n’ont pas les mêmes craintes qu’ils ont dans la réalité ». 
Ce phénomène semble accru sur Tik Tok, malgré une certaine culture de l’entre-soi, « les individus y sont plus vulnérables, plus authentiques. Ils racontent leurs vies, des moments de leur intimité, leurs pires hontes. Sur Tik Tok, on partage ses secrets, le tout dans une bonne ambiance, avec un ton léger et humoristique ». D’autre part et plus négativement, le collectif Blazé évoque la cancel culture présente sur les réseaux sociaux, culture qui a le pouvoir de détruire une vie au moindre faux pas. Cette nouvelle justice virtuelle, pas toujours morale, est davantage permise par l’illusion de se sentir protégé par nos avatars digitaux, derrières lesquels certaines personnes se cachent pour déverser librement leur haine sans craindre les conséquences. 

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Madeleine Faburel Dumail pour Blazé

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