Chine & Coronavirus, la vie d’après…

23 avril 2020

Le confinement levé, la vie a repris peu à peu son cours en Chine, en apprenant à « vivre après » mais encore et surtout à « vivre avec ». Pour ébaucher le tableau de ce quotidien d’après, nous avons sondé notre équipe chinoise sur l’organisation de la vie déconfinée et nous avons croisé leur propos avec le reportage d’Arte intitulé, “Chine, le monde d’après“, racontant en sons et en images ce retour à la vie. Si au début du confinement, beaucoup était impatient à l’idée de retrouver leur vie d’avant ; retourner au travail, faire du shopping, aller diner au restaurant… celui-ci, désormais, achevé, a laissé place à la méfiance, favorisant la vigilance hygiénique plutôt qu’un retour à l’identique du quotidien.

Puzzleman Leung

« Je n’ai pas l’intention de sortir ou de faire du shopping car je pense que nous devons encore faire attention. Il faut toujours porter un masque et se laver les mains fréquemment ». En l’absence de réelles connaissances sur les contours ou les remèdes de la maladie qui pourrait faire craindre une deuxième vague, les Chinois apprennent à vivre avec le risque et continuent pour beaucoup de préserver les distances sociales. 

En Chine, ce quotidien « d’après » a les apparences du monde d’avant, soustrait de certaines libertés, comme celles de flâner longuement dans un parc ou d’inviter des gens chez soi. Le tout couplé à la surveillance et le contrôle continus dans les espaces publics voire, aux frontières des espaces privés, comme le démontre le reportage d’Arte. Le shopping, sport national en Chine, a fait partie des top activités à la levée du confinement, restant néanmoins devancé par le commerce en ligne et la livraison que les Chinois continuent de privilégier pour le moment. 

Par ailleurs, le retour au travail s’est aussi fait partiellement, avec l’obligation de respecter les barrières sanitaires et les gestes préventifs, les open space ne font pas salles combles. Les écoles n’ayant pas repris, les parents d’élèves doivent continuer de miser entre le travail et l’éducation scolaire de leurs enfants.

Si le retour au quotidien s’entache de nouvelles contraintes, le climat a alimenté aussi de nouvelles préoccupations, plus immatérielles et plus essentielles, nous ont rapporté Xiao Qiao MLC. Sur un continent au rythme effréné, ce moment de pause et d’urgence sanitaire ont remis sur le devant de la scène des valeurs délaissées, telles que la famille ou l’attention pour soi. 

Avec des contacts amicaux très limités, la famille s’impose comme le lien social privilégié. Au bureau Xiao Qiao MLC, certaines ont émis « la chance » qu’elles avaient eu « d’avoir une belle maison et une relation familiale chaleureuse » pendant le confinement quand une autre a souligné le rôle du confinement dans l’évolution de la relation avec ses parents, qu’elle a « appris à connaître ». Sans réelle issue, la cohabitation permanente a poussé, alors, à considérer, à appréhender, à voir de nouveau ces personnes tellement ancrées dans notre quotidien, que l’on avait fini par seulement croiser dans la maison, effleurer autour d’une table. Une appréhension révélant, par ailleurs, les failles ou renforçant les tenants d’une relation. Le confinement a été un crash test pour certains couples, la demande de divorce explosant à sa sortie, en Chine.

Outre la famille, cet évènement sanitaire paralysant a écarté le futile pour redonner ses lettres de noblesse, à la méditation, au temps long, au temps pour soi. La santé et le bien-être redevenant les nouveaux luxes, le graal à retrouver. « Sans la vie sociale intense, le contexte d’isolation sociale à domicile, a ralenti ma vie et cela m’a permis de me détendre », « je me suis rendu compte que j’avais une mauvaise autodiscipline et je veux changer cela », « j’ai plus de temps à passer chez moi, à faire des choses que je ne ferais pas normalement, cela m’a donné un sentiment complètement différent vis-à-vis de moi et de la vie » nous ont confié certaines filles du bureau. Se rendant compte de la vulnérabilité de la vie, certaines ont développé un gout de l’expérience, voulant « essayer toutes les choses » qu’elle n’avait jamais faites auparavant, alimentant une vraie envie d’aventure.

L’avant et l’après.

Bien que ces habitudes de l’après esquissent encore une ère du “pendant”, la Chine et la reprise de la vie, aident à combler notre incertitude face à la suite. Elle nous donne un aperçu de ce qui pourrait nous attendre, en prenant en compte les multiples aspérités de chacun de nos pays.

Lien pour le reportage d’Arte :

https://www.arte.tv/fr/videos/097011-000-A/chine-le-monde-d-apres/

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